25 janvier 2007
Interview d'Adam Hughes
Petit cadeau pour ceux qui comme moi n'ont pas pu se rendre à Angoulême cette année pour le festival : une interview jamais publiée d'Adam Hughes, réalisée pour Scarce en 1996 à la librairie Forbiden Zone de Bruxelles. Cette entretien est resté inédit parce qu'incomplet : les piles du magnéto ont rendues l'âme en cours de route, mais je ne m'en suis aperçu qu'après coup ...
Philippe Castelneau : Pour commencer, pourriez-vous nous retracer votre carrière ?
Adam Hughes
: Eh bien, j'ai connu une lente progression qui a commencé avec
l'explosion des comics noir & blanc dans les années 86-87 aux USA.
Ils n'acceptaient personne, mais ils m'ont accepté ! (rires)
J'ai
fait pas mal de trucs en noir & blanc pour des éditeurs qui ont
aujourd'hui disparus, et mon premier travail en couleur a été pour
Comico Comics : Mage Agency a été ma première expérience avec le monde
merveilleux de l'impression en quadrichromie.
Après, j'ai fait
Justice League of America, ce qui bien sur m'a ouvert 20 autres portes.
J'ai fait 12 numéros de Justice League, j'ai travaillé un peu sur
Legionnaires, j'ai fait des couvertures pour a peu près toutes les
compagnies. Après Justice League, je suis devenu une sorte de star
mineure pour les fans, et tout le monde voulait que je fasse des
couvertures.
Ph. C. : Quand vous avez commencé à
travailler sur GHOST , j'ai lu une interview dans laquelle vous disiez
que vous comptiez rester sur la série au moins jusqu'au numéro 15. Que
s'est-il passé ?
A.H. : J'ai été viré ! C'était
entièrement de ma faute. Mon expérience sur Penthouse Comics m'a
conduit à penser que je pouvais faire un mensuel. Et je sais que je
peux travailler suffisamment vite pour produire un mensuel ; en fait,
si je travaillais à la vitesse à laquelle je travaillais sur Penthouse
Comics, je pourrai faire deux mensuels.
Le problème avec Ghost,
c'est que je suis tombé amoureux du personnage, et je passai trop de
temps à soigner chaque numéro pour qu'il soit parfait. Je me disais : «
si je passe encore une journée sur cette page, ce sera la plus belle
page qu'on n'ait jamais vu ! »
Mais après deux numéros et demi, les
gens de chez Dark Horse m'ont dit que ce n'était plus possible. A cette
époque, Dark Horse venait de signer un contrat pour distribuer certains
de ces titres en « newstands », et Ghost en faisait partie.
En fait,
quand ils ont vu le premier numéro de Ghost, ils ont dit : « ce livre
est superbe, distribuons le en « newstands », mais il ne doit jamais
être en retard ! »
Mais j'aurai bien aimé pouvoir tenir les délais.
Nous avions déjà planifié l'histoire jusqu'au n° 15 , qui devait être
un « double-size » qui concluait les premiers épisodes, et aurait été
le meilleur truc que je n'ai jamais fait.
PH. C. :
Depuis votre départ de la série, il apparaît évident que Dark Horse n'a
trouvé personne pour vous remplacer, puisqu'ils changent de dessinateur
chaque mois. Y a t-il une chance que vous fassiez ce fameux n° 15 ?
A.H.
: ce serait comme revenir avec une fille après qu'elle a été avec vingt
autres types (rires). C'est une des raisons pour lesquelles je ne lis
plus Ghost… Je suis toujours en bons termes avec Dark Horse, enfin, je
l'espère, et je suis toujours ami avec le scénariste, mais je suis trop
attaché au personnage pour pouvoir lire ce que les autres en font. En
fait, c'est exactement ce que disait Jim Lee tout à l'heure, je vous
renvoie à son interview (rires) ! (cf. Scarce 47).
C'est le problème
du « work-for-hire » : vous vous attachez à un personnage, mais vous ne
pouvez pas avoir la vanité de croire qu'après vous in restera fidèle à
votre interprétation. J'ai cessé de lire Justice League lorsque j'ai
quitté la série, j'ai cessé de lire Ghost lorsque j'ai quitté la série,
je ne peux plus lire les séries sur lesquelles j'ai travaillé
simplement parce que je suis trop attaché aux personnages.
Ph. C. : Est-ce qu'il y a une chance cependant pour que vous fassiez un « one-shot » ?
A.H.
: Oui. J'en ai parlé avec les gens de Dark Horse, mais je ne les ai pas
revus depuis 2-3 mois, du fait de mon travail pour Jim. On verra bien
si ça se fait ou non !
Ph. C. : Et avez-vous des projets pour une série dont vous détiendrez les droits ?
A.H.
: Oui. J'ai un contrat avec Dark Horse. Je travaille avec le studio
Gaijin avec cinq autres artistes, et nous avons signé un contrat avec
Dark Horse pour un label, un peu comme un mini Legend (rires). Chacun
de nous va faire une mini-série dont nous détiendrons les droits et qui
seront diffusées par l'éditeur, et j'en ai une qui est en chantier
actuellement.
Ph. C. : Qui sont les autres artistes du studio ?
A.H.
: Brian Steltfreeze, qui réalise les couvertures de Shadow of the Bat
pour DC, Cully Hamner qui a aussi fait des trucs pour DC, Jason Pearson
qui a travaillé sur Legion of Super-Heroes, Carl Story et Jason Marton
qui sont deux encreurs très talentueux.
Ph. C. : Envisagez-vous de retravailler pour Penthouse ?
A.H.
: Non, pas pour l'instant… (rires). Personne ne veut me croire quand je
dis ça, mais en travaillant pour Penthouse, j'ai franchi une limite que
je m'étais promit de ne pas franchir. Tout le monde pense que parce que
j'aime dessiner des jolies filles, j'aime les dessiner nues faisant
l'amour entre elles, et bien c'est faux. Je n'aime pas faire ce genre
de comics, je préfère suggérer plutôt que montrer… Je ne crois pas que
j'aimerai refaire ce genre de boulot… Je l'ai fait car j'avais besoin
d'argent… C'est ce que disent tous ceux qui ont travaillé pour
Penthouse (rires)… Il se peut que je retravaille avec eux si j'ai
besoin d'argent (rires).
Ph. C. : Possédez-vous les droits sur les personnages que vous avez créés pour Penthouse ?
A.H. : Non, je ne touchais même pas de royalties, mais ils payaient si bien que l'on ne pouvait pas vraiment dire non.
Ph. C. : Pouvez-vous nous dire comment vous en êtes arrivé à faire une mini-série Gen 13 ?
A.H.
: Jim me l'a proposé (rires) ! J'avais réalisé plusieurs pin-ups et
couvertures pour Wildstorm, et chaque fois que je croisais Jim, il me
disait : « si tu veux faire quelque chose avec nous, n'hésite pas à
nous le faire savoir ». Je disais « okay », mais je ne suis pas du
genre à planifier ma carrière et je fais les choses comme elles
viennent. Puis Scott Dunbier qui était marchand d'art est venu
travailler pour eux en tant qu'éditeur, il m'a contacté et m'a dit : «
Pourquoi tu ne ferais pas un one-shot Gen 13, ils sont populaires en ce
moment, et leur style te conviendrait ». J'ai accepté et le projet est
devenu une mini-série en deux parties…
24 janvier 2007
Podcasts & comics - article pour Scarce n° 69 (rubrique Daily Scarce) à paraître en 2007
Nouvel avatar technologique issu d’Internet, le podcast présente l’avantage de pouvoir écouter lorsque et où on le souhaite une émission de radio, mais aussi tout un tas de programmes audio réalisés à cet effet.
Dans le domaine qui nous intéresse ici, il existe de nombreux sites qui proposent des émissions sur les comics ou des interviews avec des auteurs. Beaucoup cependant ont peu d’intérêt, et consistent la plupart du temps en une discussion entre potes sur les derniers titres parus. Néanmoins, certains podcasts valent véritablement la peine qu’ont leur prêtent une oreille attentive… Avec un ton parfois potache, Augie De Blieck Jr dans pipeline chronique régulièrement les dernières nouveautés et s’entretient avec des auteurs phares du moment. De leur côté, les animateurs de fanboyradio propose des interviews souvent très intéressantes, et ont réussi quelques scoops, comme d’interviewer Alan Moore en personne !
Mais, de loin le podcast le plus intéressant sur le net actuellement, c’est wordballon, un programme constitué exclusivement d’interviews avec les plus
grands acteurs de la B.D. outre-atlantique, réalisées par John
Siuntres, un journaliste professionnel qui anime ce site à ses heures
perdues. Certaines émissions, comme celle avec Neal Adams, Deny O’Neil,
Paul Gulacy ou Walter Simonson sont vraiment passionnantes et pour tout
dire indispensables à qui s’intéresse un tant soit peu à l’histoire du
comic book !
Enfin, The comics podcasts propose une liste de site qui permettra au néophyte de débroussailler le terrain et de se faire par lui-même une idée.

