23 août 2009
Guillaume Laborie - Jim Steranko : tout n'est qu'illusion (Les Moutons électriques)
Jim Steranko est un auteur un peu à part dans l'histoire du comic book américain. Les fascicules qu'il a réalisé peuvent se compter sur les doigts de la main et il s'agissait souvent de titres de seconde zone. Pourtant son influence reste aujourd'hui considérable auprès de ses pairs, même s'il est moins connu du grand public.
C'est que Steranko est arrivé au bon moment, à la charnière des années soixante, qu'il a su comme peu d'autres capter l'air du temps et le retranscrire dans ses planches, tout en dynamitant les codes narratifs alors en vigueur. Passionné de culture populaire, incollable sur l'histoire des Pulps ou les débuts du comic book, il se dit également magicien et artiste de l'évasion, disciple du grand Houdini. Empruntant allègrement à ceux qui l'ont précédé, mais en sachant magnifier leurs apports pour en faire émerger quelque chose de nouveau, et auréolé d'une légende sulfureuse qu'il a lui même bâtie, il est devenu en 40 ans une figure emblématique et fascinante de l'histoire du 7ème art.
Les Moutons Électriques, éditeurs exigeants et incontournables spécialisés dans la littérature de genre, ont eu la bonne idée de confier à Guillaume Laborie la rédaction de ce premier volume de leur nouvelle collection, La bibliothèque des Miroirs, consacré à Jim Steranko.
Laborie est un peu comme son sujet, un passionné, et certains se souviennent peut-être de Cauchemars Mythographiques, une revue fort sympathique qu'il animait dans les années 90. C'est aussi à cette époque qu'il publiait à compte d'auteur une première étude consacré à Steranko, ma foi déjà fort bien documentée.
Ici Laborie ne tombe jamais dans le piège de l'hagiographie servile et sait prendre du recul par rapport à son sujet. Il n'est jamais dupe de la mégalomanie de l'auteur, et replace toujours les choses dans leur contexte. Très complet, souvent érudit, le livre n'est jamais ennuyeux et l'auteur s'attache toujours à ne pas perdre son lecteur en route. Bref, une forte plaisante introduction à une figure méconnue et pourtant incontournable de la culture populaire américaine.
05 septembre 2008
Jonas Lenn - Le mausolée de chair (Editions La clef d'argent)
Août 1940, Mexico. Un journaliste américain anarchiste, Trotski qui se
fait assassiner, un biologiste mystique qui utilise l'ADN des morts
pour communiquer avec eux, un monstre marin tout droit sorti de la
mythologie aztèque, des êtres vieux de plusieurs centaines d'années,
il y a tout cela et plus encore dans cette sympathique novella d'une
cinquantaine de pages seulement !
Passé maître dans l'art du texte court, Jonas Lenn se fait ici
visiblement plaisir, et c'est contagieux. A partir d'évènements
historiques qu'il détourne, l'auteur nous livre avec maestria un
condensé d'horreur pure, dans la droite ligne d'un Lovecraft.
Le récit est bien mené et tout à fait captivant. Ajoutons que le livre
s'accompagne d'une postface qui éclaire le travail du nouvelliste tout
en rendant un hommage appuyé à Jorge Luis Borges.
Pour ceux qui ne le connaisse pas, Jonas Lenn à également publié en en 2006 aux Moutons électriques Manhattan stories, un polar futuriste sous la forme de quatre longues nouvelles rudement bien menées. Il est aussi l'auteur d'un grand nombre de textes courts édités dans différentes revues spécialisées (Black Mamba, Faeries ou encore Galaxies) et des anthologies (Détectives de l'impossible, Emblèmes, Passés recomposés, Moissons futures, Elric et la porte des mondes).
Enfin, les éditions La clef d'argent ont également fait paraître de Lenn un premier roman, La spirale de Lug, mais que je n'ai pas encore lu.
