Le bleu du ciel en hiver

Le blog d'un libraire

08 juin 2008

La rentrée du Diable !

A cette période de l'année, les libraires croulent sous les épreuves des textes à paraître fin août et dont les éditeurs espèrent faire "le coup" de la rentrée littéraire. Il y a toujours un côté très excitant à recevoir et lire tous ces livres avant tout le monde, mais aussi, avec les années, une certaine lassitude, tant beaucoup de ces ouvrages manquent cruellement d'intérêt.

En rentrant chez moi hier, je découvrais dans ma boîte aux lettres deux ouvrages de mes amis du Diable Vauvert, le prochain Poppy Z. Brite : "Alcool" qui paraîtra le 4 septembre et qui de prime abord s'annonce comme un grand cru, si je puis dire, et le nouveau roman de Régis de sà Moreira : "Mari et femme".

J'ai commencé distraitement ce livre tout en mangeant, et je l'avoue, j'ai eu beaucoup de mal à le lâcher une heure plus tard pour retourner travailler. De retour chez moi le soir, je me suis empressé de le reprendre pour le finir d'une traite.
Disons-le d'emblée, ce bouquin est une vraie réussite, très drôle et en même temps bien plus profond qu'il n'y paraît de prime abord.
Un couple au bord de la rupture se réveille un matin chacun dans le corps de l'autre. L'auteur nous décrit avec beaucoup  d'humour et de sensibilité cette découverte pour le moins étrange de l'autre et les sentiments contradictoires qui animent nos deux personnages.

Tout sonne toujours juste et l'on s'amuse beaucoup, mais au-delà de ça, ce livre nous délivre un message profondément humaniste qui personnellement m'a fait un bien fou. Le livre sort le 25 août prochain, ne le loupez-pas !

bn_diable

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21 juillet 2007

La Mémoire du Vautour de Fabrice Colin

colinFabrice Colin est au nombre des auteurs que j'admire tout particulièrement, et dont chaque nouveau livre est meilleur que le précédent, qui déjà était très bon.
Issu du milieu de la SF et de la Fantasy, se touche-à-tout s'est aussi essayé à la BD et à la littérature dite de jeunesse, domaine ou soit dit en passant, il excelle (si vous ne savez pas quoi offrir à un jeune ado, achetez-lui un Colin !).
Je voudrais ici revenir sur son dernier livre, La Mémoire du Vautour, publié par Le Diable Vauvert, qui pour moi est son meilleur livre, fou, dense, passionnant ; un livre ambitieux aussi, un livre que je n'ai pu lâcher avant d'en avoir terminé la lecture.

Pourtant, il semble que l'ouvrage ne se soit pas très bien vendu et n'ait pas non plus été forcément bien reçu par les critiques, sans doute plus occupés à s'extasier sur le dernier Fréderic Beigbeder, autrement plus glamour et vendeur.
Sur son blog, Fabrice Colin revient très pudiquement sur cette affaire, mais l'on sent bien à le lire une certaine amertume. Un tel livre, on s'en rend compte à sa lecture, ne peut pas ne pas être important pour son auteur. Je pense sincèrement qu'il marque une étape majeure de son parcours, et j'ai peur qu'il s'imagine s'être fourvoyé au vu de son accueil.

C'est vrai, il est difficile, et pour tout dire futile, de résumer l'intrigue. Je vous donnerai le "pitch" qu'utilise son éditeur, et qui à mon avis résume plutôt bien les choses : " Au fil d’une narration implacable conduite sur le mode de la quête, Fabrice Colin développe une réflexion philosophique sur la mort, la mémoire et la réincarnation, quelque part entre David Lynch et Möbius."

Aujourd'hui, la surproduction littéraire et la baisse du marché du livre font que les livres restent assez peu sur les tables des librairies, lorsque les ventes ne suivent pas.
Sorti il y a déjà plusieurs semaines, La Mémoire du Vautour risque fort de disparaître des rayonnages rapidement si vous lecteurs l'achetez pas.

Et croyez-moi, ce livre vous déroutera peut-être, mais il vous touchera, c'est une évidence.

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13 septembre 2004

William Gibson – Identification des schémas (Ed. du Diable Vauvert)

gibsonJe ne vous ferai pas l’affront de vous présenter William Gibson, visionnaire de génie auquel la cyber-culture doit largement d’exister aujourd’hui et qui nous livre ici son 8ème livre.
Ce roman marque une rupture dans l’œuvre de l’auteur, en cela qu’il ne s’agit plus de science-fiction, ni même d’anticipation, mais d’un roman dont l’action nous est contemporaine.
Pour autant, l’histoire de Cayce Polar, consultante en design chargée de retrouver la trace du mystérieux auteur de séquences vidéo envoûtantes circulant sur le web nous montre à quel point le monde et la technologie décrits par Gibson depuis le début des années 80 au travers de ces premiers romans à depuis été rejoint par la réalité !
Et l’auteur d’expliquer ainsi son choix d’abandonner l’anticipation, par la voix de l’un de ses personnages :
« (…) nous n’avons aucun futur. Pas comme nos grands-parents en avaient un, ou pensaient en avoir un. Les futurs culturels entièrement imaginables sont un luxe révolu. Ils datent d’une époque où « maintenant » durait plus longtemps. Pour nous, bien sûr, les choses peuvent changer si brusquement, si violemment, si profondément, que des futurs comme celui de nos grands-parents n’ont plus assez de « maintenant » pour s’établir. Nous n’avons aucun futur car notre présent est volatil. Nous nous contentons de limiter la casse. De faire tourner les scénarios du moment. Identification des schémas. »

Identification des schémas, sorte de polar technologique, nous entraîne de New-York à Londres, de Paris à Tokyo et jusqu’à Moscou sur un rythme endiablé qui ne vous quitte pas de tout le livre.
Au passage, Gibson décrit froidement la mondialisation actuelle, l’empire des marques qu’il stigmatise parfois violemment, sans cacher dans le même temps la fascination qu’elles exercent sur nous tous.
Portrait d’une civilisation en pleine mutation, sur fond de 11 septembre omniprésent, le livre de Gibson est, bien plus qu’une lecture distrayante et jubilatoire pour tous ceux qui s’intéressent aux nouvelles technologies de l’information. C’est aussi la description minutieuse et brillante d’une société en pleine déliquescence. Et cette fois encore, le nouveau livre de William Gibson est un incontournable pour qui veut comprendre l’évolution actuelle du monde occidental.

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