23 décembre 2007
Julien Gracq est mort
s
Julien Gracq est mort samedi à 97 ans, et les hommages sans doute vont se succéder. Tant mieux s'ils donnent envie à certains de découvrir une oeuvre magnifique, l'une des plus brillante du siècle passé ...
Moi, je suis triste de voir partir celui que je regardais de façon un peu naïve comme mon "écrivain préféré".
Permettez que je vous donne un court extrait d'un de ses livres, et qui me semble bien à propos :
"Personne, sans doute, n’écrit
réellement pour la postérité (dont il n’est au pouvoir de personne, en
1964, de deviner quelle figure elle pourra bien prendre, ne fût-ce que
dans quelques années). Je ne crois pas non plus que la postérité soit
pour l’écrivain une "illusion commode" – je crois qu’il en use, plutôt,
sans y croire vraiment, comme d’un artifice de procédure pour maintenir
son procès ouvert – un procès qu’il ne peut envisager de perdre : ainsi
Jeanne d’Arc en appelait au pape et Luther au concile : sans excès de
conviction, m’a-t-il toujours semblé. La vérité est qu’il y a
probablement dans l’écrivain, à certains moments privilégiés où il
tourne vers ce qu’il fait, un regard qui lui paraît naïvement
intemporel, un fou qui sait, qui a raison contre tous les autres,
présents ou futurs, et à qui la postérité même apparaît pour le juger
sans justification suffisante. La postérité, avec ses goûts et ses
jugements, ce n’est après tout que la littérature militante de demain –
lui, dans ses moments, il est sur un autre plan : il s’intègre d’emblée
à la littérature triomphante."
(Julien Gracq - Lettrines)
Je vous invite enfin à visiter le site des éditions José Corti, son éditeur de toujours.
23 juillet 2007
"Résister par l'écriture"
Le titre de ce message est celui d'un des chapitre du très réjouissant petit livre de Georges Picard, Tout le monde devrait écrire, paru chez José Corti en 2006.
Méditation sur l'écriture et la lecture, l'ouvrage ouvre à bien des réflexions et constitue, comme son titre le laissait supposer, un vibrant hommage à l'écriture, qu'elle soit celle du romancier confirmé ou de l'anonyme qui tient son journal intime.
Quelques petits extraits :
"Picasso pouvait se permettre sa trop fameuse boutade "je ne cherche pas, je trouve", dans la mesure où il accordait assez d'esprit à ses interlocuteurs pour qu'ils ne la prennent pas au pied de la lettre. Mais ce trait a été popularisé par des journalistes qui l'ont débité en petite monnaie auprès d'artistes impatients. La vérité, c'est qu'un artiste digne de ce nom ne trouve jamais, car un tel aboutissement sonnerait le glas de sa vocation. Un scientifique trouve ; pas un peintre, pas un cinéaste, pas un compositeur, pas un écrivain... Ceux-ci ne donnent que des oeuvres inférieures à l'intensité du désir qu'ils y ont investi"
"Célèbre ou inconnu, l'artiste justifie son existence par son oeuvre. C'est elle qui relativise la fatalité dernière de sa disparition. L'artiste espère mourir d'une mort moins absolue que la mort qui aurait été la sienne s'il n'avait pas été artiste. Illusion ? Évidemment, mais comme l'est toute idée humaine de la mort, ni plus ni moins."
"Ne pas se laisser piéger par l'impératif "sois de ton temps !" ne signifie pas ne pas être de son temps. C'est refuser de s'y laisser contraindre, et surtout de s'y contraindre soi-même par peur d'y manquer."
"Combien de fois me suis-je entendu reprocher de préférer lire dans mon coin au lieu de participer à telle activité collective. C'est autant de fois où je me suis retenu de demander si l'activité que l'on me proposait était plus intéressante que, disons, les aventures hallucinées de Moravagine ou les amours itinérants de Humbert Humbert. Connaissant la réponse, neuf fois sur dix je me suis replongé dans mon livre."
Voilà, tout le monde devrait lire Georges Picard, tout simplement !
