10 juin 2008
Grégoire Bouillier - Cap Canaveral - Ed. Allia
Un auteur en déplacement dans une ville de province croit séduire une jeune lectrice et se laisse entraîner par elle dans son appartement. Mais qui manipule qui, dans cette histoire ? Un petit bijou d'humour noir, servit par une très belle écriture.
Ce joli petit ouvrage, élégant et raffiné, est le premier d'une nouvelle collection de livres à seulement trois euros que viennent de lancer les éditions Allia, dont la démarche mérite d'être amplement encouragée. Voici ce que dit le communiqué de presse :
3€, c’est le prix d’un demi, la moitié d’un paquet de cigarettes, une somme qu’on a toujours sur soi et qu’on dépense sans craindre les fins de mois difficiles. Un livre à 3 euros, c’est une invitation à satisfaire immédiatement son désir, sa curiosité. C’est un moyen d’accéder à la culture en évitant les pièges du numérique, gratuit, certes, mais non sélectif et souvent peu fiable. On observe aujourd’hui, avec ces nouveaux supports, une forme de boulimie de consommation culturelle. Pourtant, il est évident que l’assimilation de ces produits d’accès illimité dépasse largement les capacités d’un individu, et entraîne un manque de maîtrise de la connaissance, favorise et révèle une approche intellectuelle mal structurée. Le livre demeure le seul rempart contre ces dérives, la seule façon de reprendre possession de nos capacités de discernement, de faire un choix véritablement personnel. Or, le prix des livres freine de plus en plus l’acte d’achat. Une collection à 3€ autorise le lecteur à prendre un risque (ce que l’accès à la culture gratuite est en train de faire disparaître) et provoque une excitation sensible et presque sensuelle. (...) Tout se joue maintenant : au moment même où les pratiques de lecture changent. Si l’introduction du numérique a modifié l’accès à la culture : lancer une collection à 3 euros, c’est façonner, à long terme, des habitudes de lecture déterminantes, en particulier pour les jeunes générations. En réconciliant un large public avec le livre grâce à une telle collection, on invente une nouvelle forme de transmission durable.
22 juillet 2007
Olivier Rohe
Depuis le temps qu'ils traînaient là, sur mes étagères (que l'auteur me pardonne !), je viens de lire coup sur coup deux livres d'Olivier Rohe, d'abord Nous autres (éditions Naïve), puis ce matin Terrain Vague (éditions Allia).
Nous autres s'inscrit dans la collection Naïve Sessions, dont l'idée est de permettre à des écrivains d'écrire autrement sur la musique. Olivier Rohe s'est attaqué aux mythes de David Bowie (oui, oui, je l'ai écrit volontairement au pluriel), un livre réjouissant sur la schizophrénie possible (probable ?) d'un acteur majeur de la scène artistique depuis le début des années 70.
Terrain Vague, court texte assez joliment illustré par Alexis Gallissaires, est d'un tout autre genre. C'est un livre troublant, et d'une très belle écriture.
Voici le résumé qu'en donne son éditeur : "Un homme, cloîtré dans une pièce, revient, au
fur et à mesure que le soleil se lève puis décline, sur son passé. Les
bruits du dehors qui lui parviennent ramènent à sa mémoire les bribes
de son passé, à l’époque de son “heure de gloire”, quand, craint de
tous, il faisait régner impunément la terreur. On devine peu à peu
qu’il a commis des actes abominables. De cette puissance passée, il ne
reste plus rien, qu’une insoutenable amertume, une solitude absolue et
une peur de tous les instants. Dans ce monologue halluciné d’un
bourreau qui se voit comme une victime, Oliver Rohe livre une réflexion
sur la violence, la déchéance et l’oubli impossible des crimes".
Olivier Rohe a également publié un premier livre, Défaut d'origine, aux mêmes éditions Allia (que je n'ai pas lu). Il est aussi membre fondateur de la revue Inculte, qui rassemble beaucoup de beau monde.
