Le bleu du ciel en hiver

Le blog d'un libraire

10 novembre 2009

Le Zepplin mystique - A propos du livre de Pâcome Thiellement : Cabala, Led Zeppelin occulte

Pâcome Thiellement, qui s'est fait une spécialité de décortiquer les mythes pop vient de consacrer un splendide ouvrage au groupe de Jimmy Page et Robert Plant : Cabala, Led Zepplin occulte (ed. Hoëbeke).
C'est un ouvrage épatant, érudit et passionnant qu'il convient de lire de toute urgence. Page 30, on peut y lire ceci, qui résume tout à la fois le sujet même du livre et la démarche propre à l'auteur :

Le combat engagé par Led Zepplin ne se situe donc pas seulement dans le domaine de la musique rock, au sein duquel Jimmy Page décide de contrer tous les pronostics concernant la commercialisation d'un album ou l'existence publique d'un groupe, défiant les lois mêmes de la sainte publicité. Il se joue également sur le terrain de la pensée ésotérique, par rapport à laquelle Robert Plant décide, enfin, de court-circuiter métaphysiquement la séquence initiatique traditionnelle, contraignant ainsi ses auditeurs à brûler les étapes de leur ascension mystique dans un déferlement d'images. Et ces deux phénomènes ne sont en réalité que les deux faces d'une seule pièce et les deux yeux d'un même visage. Comme la dame de la chanson qui fit la fortune de l'Album Sans Nom, l'humanité n'a pas effectué son apprentissage dans les règles de l'art. Elle a directement "acheté un escalier pour le paradis." Ainsi, elle a ignoré le modus operandi de l'initiation, connu traditionnellement sous le nom d'adeptat. Comme elle, elle a alors confondu l'or et ce qui brille. Elle a confondu l'alchimie du savoir et l'accumulation de données. Cependant, comme elle, Led Zepplin pense qu'elle peut néanmoins, malgré cet empressement ou cette accélération, tour comparable à un éclair annonçant l'orage ou une invasion extraterrestre, transformer ce qui brille en or et atteindre la lumière blanche. Pour cela, un nouveau type de relation avec la connaissance ésotérique est nécessaire, qui va de pair avec un nouveau type de relation avec la consommation de productions liées à la culture pop. Cette relation présuppose chez l'auditeur, une attention immodérée pour des détails a priori futiles ou insipides, un goût pour les développements labyrinthiques et les hypothèses hasardeuses, une innocence joyeuse dans l'approche des phénomènes culturels et historiques et une confiance sans bornes dans la teneur irréductiblement poétique de la pop music. Ce que nous n'avons pu préparer en amont, avec l'aide d'un maître qui oriente le phénomène non polarisé du numineux et transforme l'expérience en connaissance, nous devons le concrétiser en aval, par un travail réel sur le sens de ce que nous avons éprouvé, quelle qu'en soit l'apparente absurdité ou les aberrations logiques qui se mettent alors à apparaître à nos regards embarrassés. Nous devons nous-même produire l'ange qui orientera notre expérience comme une pensée ou un poème. Enfin, si cela peut vous rassurer, on précisera que, comme le chante Robert Plant : "Même à mi-distance, il est toujours temps de changer de route".

There's a lady who's sure all that glitters is gold

And she's buying a stairway to heaven.
When she gets there she knows, if the stores are all closed
With a word she can get what she came for.
Ooh, ooh, and she's buying a stairway to heaven.

There's a sign on the wall but she wants to be sure
'Cause you know sometimes words have two meanings.
In a tree by the brook, there's a songbird who sings,
Sometimes all of our thoughts are misgiven.
Ooh, it makes me wonder,
Ooh, it makes me wonder.

There's a feeling I get when I look to the west,
And my spirit is crying for leaving.
In my thoughts I have seen rings of smoke through the trees,
And the voices of those who stand looking.
Ooh, it makes me wonder,
Ooh, it really makes me wonder.

And it's whispered that soon if we all call the tune
Then the piper will lead us to reason.
And a new day will dawn for those who stand long
And the forests will echo with laughter.

If there's a bustle in your hedgerow, don't be alarmed now,
It's just a spring clean for the May queen.
Yes, there are two paths you can go by, but in the long run
There's still time to change the road you're on.
And it makes me wonder.

Your head is humming and it won't go, in case you don't know,
The piper's calling you to join him,
Dear lady, can you hear the wind blow, and did you know
Your stairway lies on the whispering wind.

And as we wind on down the road
Our shadows taller than our soul.
There walks a lady we all know
Who shines white light and wants to show
How everything still turns to gold.
And if you listen very hard
The tune will come to you at last.
When all are one and one is all
To be a rock and not to roll.

And she's buying a stairway to heaven.


Pacôme Thiellement - Cabala : Led Zepplin occulte (ed. Hoëbeke 2009) - 23€

Stairway to Heaven (Jimmy Page & Robert Plant)

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23 août 2009

Guillaume Laborie - Jim Steranko : tout n'est qu'illusion (Les Moutons électriques)

90Jim Steranko est un auteur un peu à part dans l'histoire du comic book américain. Les fascicules qu'il a réalisé peuvent se compter sur les doigts de la main et il s'agissait souvent de titres de seconde zone. Pourtant son influence reste aujourd'hui considérable auprès de ses pairs, même s'il est moins connu du grand public.

C'est que Steranko est arrivé au bon moment, à la charnière des années soixante, qu'il a su comme peu d'autres capter l'air du temps et le retranscrire dans ses planches, tout en dynamitant les codes narratifs alors en vigueur. Passionné de culture populaire, incollable sur l'histoire des Pulps ou les débuts du comic book, il se dit également magicien et artiste de l'évasion, disciple du grand Houdini. Empruntant allègrement à ceux qui l'ont précédé, mais en sachant magnifier leurs apports pour en faire émerger quelque chose de nouveau, et auréolé d'une légende sulfureuse qu'il a lui même bâtie, il est devenu en 40 ans une figure emblématique et fascinante de l'histoire du 7ème art.

Les Moutons Électriques, éditeurs exigeants et incontournables spécialisés dans la littérature de genre, ont eu la bonne idée de confier à Guillaume Laborie la rédaction de ce premier volume de leur nouvelle collection, La bibliothèque des Miroirs, consacré à Jim Steranko.
Laborie est un peu comme son sujet, un passionné, et certains se souviennent peut-être de Cauchemars Mythographiques,  une revue fort sympathique qu'il animait dans les années 90. C'est aussi à cette époque qu'il publiait à compte d'auteur une première étude consacré à Steranko, ma foi déjà fort bien documentée.
Ici Laborie ne tombe jamais dans le piège de l'hagiographie servile et sait prendre du recul par rapport à son sujet. Il n'est jamais dupe de la mégalomanie de l'auteur, et replace toujours les choses dans leur contexte.  Très complet, souvent érudit, le livre n'est jamais ennuyeux et l'auteur s'attache toujours à ne pas perdre son lecteur en route. Bref, une forte plaisante introduction à une figure méconnue et pourtant incontournable de la culture populaire américaine.

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04 juin 2009

Goodbye, mister Carradine...

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08 mars 2009

Watchmen, le film (suite)

Après des mois de débats passionnés sur les forums, de rumeurs savamment orchestrées, d'extraits distillés ici et là au gré de l'avancée du tournage, le film est enfin sorti, et nous pouvons le juger sur pièce.

D'un point de vue formel, tout a été fait ici pour rester fidèle au comic book d'Alan Moore et Dave Gibbons. Des pans entier de dialogues sont repris tels quels, et certaines scènes suivent à la lettre le découpage de la B.D. Zack Snyder, le réalisateur, a parfaitement réussi à rendre l'époque où est sensée se dérouler l'histoire, et jusqu'au grain de l'image évoque les années 80.
Le film fait montre d'une violence incroyable, et rend bien l'ambivalence qui se cache derrière le concept même de super-héros, et qui sous-tendait l'oeuvre de Moore : quelqu'un qui se déguise et sort la nuit faire justice lui-même peut-il être autre chose qu'un psychopathe ou un violent réac ?

Ceux qui espéraient voir les Quatre Fantastiques ou Spiderman en seront pour leurs frais...

Pour autant, le film est-il réussi ? La réponse est non.

Certes, le réalisateur a tout fait pour coller au plus près à la B.D. ; oui, il a pris le temps de développer son propos, au risque d'en dérouter certains (le film dure 2h40) ; en effet, il y a des scènes mémorables, et notamment un générique d'ouverture absolument impeccable, mais tout cela n'a pas de sens. Le grand public trouvera le film ennuyeux et sans intérêt, tant il semble ne s'adresser qu'aux fans, qui eux ne pourront qu'être déçus tant l'oeuvre originelle se suffit à elle-même.
En définitive, on assiste là à la projection sur grand écran d'un véritable fantasme de geek, réalisé avec beaucoup de moyens, mais qui avec un tant soi peu de recul apparaît tout à fait pathétique.

Il y a plus d'une dizaine d'années, un réalisateur autrement plus doué que Snyder, Terry Gilliams, s'était intéressé au projet, avant de laisser tomber, jugeant le livre inadaptable. Il est tout simplement regrettable que les studios n'en soient pas restés là...

alanmoorem

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19 février 2009

Watchmen, le film

watchmenWatchmen fait partie de ces oeuvres cultes qui ont ontribué à donner ses lettres de noblesse à la bande dessinée. Conçue par les anglais Alan Moore (scénario) et Dave Gibbons (dessins), la série publiée aux États-Unis en 1986 entraîne le genre super-héros très loin des clichés habituels en proposant un traitement adulte du thème. Par ailleurs, c'est le grand Jean-Patrick Manchette qui réalisera la traduction française, gage de qualité s'il en est.

Wikipedia résume ainsi le synopsis : "L'histoire des Watchmen se déroule en 1985, dans une réalité alternative où des super-héros ayant cessé leur activité de justiciers semblent disparaître un à un, alors que la Troisième Guerre mondiale menace d'éclater à tout moment avec le bloc de l'Est. L'apparition en 1959 du Dr Manhattan, un surhomme doté de pouvoirs en faisant presque l'égal d'un dieu, a modifié l'histoire que nous connaissons : les États-Unis ont gagné la guerre du Viêt Nam, le scandale du Watergate a été étouffé, le pétrole n'est plus une des principales sources d'énergie, et Richard Nixon est toujours président en 1985. L'album est entrecoupé de plusieurs pages de documents écrits issus de l'univers des Watchmen. Articles de journaux, longs passages du journal intime de l'un des personnages, ces documents ne servent pas directement l'intrigue du récit mais permettent de donner une profondeur à l'univers des Watchmen."

 

watchmenAlan Moore commençait à l'époque à se faire un nom, mais c'est véritablement Watchmen qui l'a propulsé sur le devant de la scène, et son talent depuis ne s'est jamais démenti. On lui doit ainsi From Hell, La Ligue des Gentlemen Extraordinaires, Promethea, Lost Girls, etc.
Très tôt, le cinéma s'est intéressé à son oeuvre, et plusieurs adaptations virent le jour, malheureusement sans que Moore ait son mot à dire sur la réalisation. Et autant le dire clairement : tous ces films sont des navets !
Lassé de voir son oeuvre ainsi bafouée, le scénariste à depuis refusé d'être associé à toute adaptation cinématographique. C'est pourquoi vous ne verrez pas son nom sur l'affiche de Watchmen, Moore n'ayant pu empêcher sa réalisation (les droits appartiennent à son ancien éditeur), il a cependant tenu à afficher publiquement son désaccord.

 

Seulement voilà, il semble bien que pour une fois, Hollywood se soit donné les moyens de réaliser un film véritablement fidèle à l'oeuvre dont il est l'adaptation. De l'avis même de Dave Gibbons, qui lui a accepté volontiers de participer à cette aventure, tout a été fait pour coller à la bande dessinée et lui rendre hommage.
Pour ma part, je reste sceptique sur l'intérêt même du film, le livre se suffisant à lui-même, mais j'avoue que les extraits qui circulent sur le net semblent aller dans le sens de ce que dit Gibbons. Il faudra attendre le 4 mars prochain pour se faire sa propre opinion.

En attendant, je vous propose ce petit bonus, la bande annonce, non pas de Watchmen, mais de "Tales of the Black Freighter", conçu sous forme de dessin animé. Dans l'histoire de Moore, il s'agit d'une B.D. mettant en scène des pirates que lit en toile de fond l'un des personnages secondaires. L'idée d'en faire un dessin animé est plutôt plaisante. Impossible à insérer dans le film qui sortira le mois prochain, Tales of the Black Freighter sera cependant inclus dans la version DVD...

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16 février 2009

Son nom est Bond, James Bond...

devil_may_care_poster- Avez-vous faim ? finit-elle par demander.
- Je défaille, dit Bond.
- Qu’est-ce qui vous ferait le plus envie ?
Bond réfléchit un instant.
- Quelque chose de léger, pour commencer. Des œufs Benedict, par exemple. Puis un peu de caviar, comme celui que Darius m’avait fait goûter dans son jardin. Une sole meunière. Une perdrix rôtie. Une bouteille de bollinger
Grande Année 1953 et un peu de vin rouge – un château-batailley, qu’un ami m’a récemment fait découvrir à Paris.
- Rien d’autre ?
- J’aimerai déguster tout cela dans une chambre d’hôtel, entièrement nu. Au lit. Avec vous. Maintenant, allongez-vous et reposez-vous un peu. Je vous réveillerai quand il sera l’heure. Pensez à cette chambre d’hôtel et essayez de dormir.

Sebastian Faulks – Le diable l’emporte (p. 255)


Ian Fleming, le créateur de James Bond était lui-même, à sa façon, un personnage peu ordinaire.
Ancien membre des services secrets britanniques, séducteur, un rien dandy, il avait la réputation de fumer jusqu’à 70 cigarettes par jour et de boire chaque soir une demi bouteille de whisky ! Pas étonnant dans ces conditions qu’il soit mort d’une crise cardiaque à seulement 56 ans, en 1964.
Autant dire qu’il n’aura rien vu du succès phénoménal de son personnage, quand bien même à cette époque les livres se vendaient très bien et Sean Connery s’apprêtait à revêtir pour la troisième fois le smoking de l’agent 007.

Aujourd’hui, les livres de Fleming peuvent sembler un rien désuets, et parfois même choquer, de par les préjugés – courants pour l’époque – qu’ils véhiculent parfois. Sans être raciste, Bond apparaît ainsi souvent condescendant envers les étrangers, pétri qu’il est encore de vieux réflexes colonialistes (nous sommes, rappelons-le, dans les années 50). De même,  il est effroyablement - et irrémédiablement - sexiste…

Mais il serait regrettable de s’arrêter à cela, tant Fleming est un conteur hors pair et sait mener son suspens avec maestro. Si les éditions françaises n’ont pas toujours été du meilleur niveau, comme le souligne Jacques Layani dans son livre On ne lit que deux fois (éditions Ecriture), les éditions Bragelonne ont entamé en 2006 la publication de nouvelles traductions de très bonne facture signées Pierre Pevel, et trois titres sont d’ores et déjà disponibles.

ian_fleming3

A sa mort, Fleming laisse 12 romans et une poignée de nouvelles, qui tous serviront d’une manière où d’une autre de trame aux différents films qui depuis 1962 se succèdent à un rythme soutenu. Cependant, ces adaptations, si elles ont permis d’imposer le mythe James Bond, ont pris quelques libertés avec le personnage décrit dans les livres.
En effet, le Bond de Fleming est un être froid, violent, complexe, très éloigné du playboy bon enfant jamais avare d’un bon mot qu’incarna longtemps Roger Moore et, dans une moindre mesure, Pierce Brosnan. On notera cependant au passage qu’avec l’arrivée de Daniel Craig dans le rôle titre, la série retrouve un nouveau souffle et semble se rapprocher du personnage des origines.

En 2008, à l’occasion du centenaire de la naissance de Ian Fleming, les ayant-droits de l’auteur ont eu la bonne idée de confier à l’écrivain anglais Sebastian Faulks l’écriture d’une nouvelle aventure de l’agent britannique. Celle-ci démarre en 1967, en pleine guerre froide, quelques mois après les événements décrits dans le livre Octopussy, le dernier écrit par Fleming. C’est donc bien le héros de ce dernier qui est de retour ici, et en très grande forme !
Faulks sait jouer à merveille des codes du roman d’espionnage, et tous les ingrédients qui font Bond sont là aussi pour notre plus grand plaisir. L’action se déroule entre Londres, Paris et Moscou, en passant par l’Iran et l’Afghanistan, l’occasion pour l’auteur de nous remettre en tête quelques notions de géopolitique essentielles qui nous rappellent les origines des conflits actuels au Proche Orient.
Le diable l’emporte ne manque pas non plus d’humour ni de charme, et l’on ne peut que sourire devant la réaction de Bond lorsque, dans les premières pages du roman, il revient à Londres après une assez longue absence et se trouve confronté au swingin’ London et ses hippies…

Le seul regret que l’on peut avoir, au final, c’est que ce roman restera sans suite : il a été écrit spécifiquement pour commémorer l’anniversaire de la naissance de Fleming, et Faulks semble maintenant tourné vers d’autre projets…



A lire :
Sebastian Faulks – Le diable l’emporte (éditions Flammarion)
Ian Fleming – Casino Royale, Vivre et laisser mourir, Moonraker (éditions Bragelonne)
Jacques Layani – Ian Fleming : on ne lit que deux fois (éditions Ecriture)

A voir :
Casino Royale (2006)
Quantum of Solace (2008)

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15 janvier 2009

Le prisonnier a quitté le village...

Patrick McGoohan est mort. L'acteur, célèbre pour la série Le Prisonnier dont il était à la fois le créateur et l'acteur principal, a tiré sa révérence à 80 ans, des suites d'une maladie.
On se souviendra que dans le denier épisode de la série, le vrai visage du numéro un était révélé : c'était celui du numéro six !
McGoohan souhaitait ainsi signifier que notre pire ennemi n'est autre que notre ego...



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