09 janvier 2008
Au boulot !
Il tâchait d'être généreux envers tous ses élèves, même les nuls, qui étaient souvent les premiers à dire en arrivant : "Je viens de passer une journée formidable, je me sens inspiré." Quand il en eut assez d'entendre cette phrase, il leur rapporta en substance un propos de Chuck Close au cours d'une interview : c'est l'amateur qui cherche l'inspiration ; nous autres, on se lève et au boulot.
Philip Roth - Un homme (éditions Gallimard 2007)
03 janvier 2008
fragments retrouvés
Tout a commencé vraiment le jour
où est mort ton chat.
Dimanche froid et sec de novembre, nous
rentrions chez toi. Poussé par une force incoercible, je t'ai
parlé de ce que je venais de lire dans un roman de Stephen
King, à propos de ce cimetière indiens pour animaux qui
ramène à la vie les bêtes enterrées.
Sur le pont, le vent froid nous cingle
le visage, et la Seine, d'un vert laiteux, agitée de rares
remous, est comme une invitation à la noyade...
Ta mère, chaudement vêtue
et tremblante pourtant, nous attend sur le perron...
Le froid, toujours, et l'allée
de ton jardin qui n'en finit pas ! Je voudrais fuir à
présent...
- Ma fille... ton petit chat...
C'est la mort qui est là, pour
te ravir ton innocence. Tu cries ta frustration de ne rien pouvoir
faire contre une telle cruauté... Tu jettes ton corps contre
les murs, sur le sol ; tu cries et tu pleures ; tu pleures et ce sont
les dernières illusions que tu as sur la vie qui s'enfuient
par tes yeux. Tu les lèves vers moi, ces yeux... Ton regard :
je sais, ma chérie, je savais tout, ne me demande pas
pourquoi... TON REGARD ! S'il te plaît, pardonne-moi !..
Et puis, dehors, après, je le
vois partout, ton chat : ombres furtives, bruits insolites... Il est
là et il n'est plus là : oui, la mort est comme ça.
Quelques mois plus tard. L'été est presque là. Le soleil brille et se reflète sur l'eau. Il n'est que quatre heure, et pourtant on peut déjà voir la lune dans le ciel. Je te serre dans mes bras, et cela seul justifie tout pour moi. Elle est bien loin, la lune...Oui, tout est si loin. Et je pense alors qu'il n'y a que la mort qui soit jamais près... Et je te serre un peu plus fort...
Philippe Castelneau - 1990
Le bleu du ciel en hiver

C'était il y a 22 ans, très exactement. Janvier 1986, sur une route enneigée du Kansas, de retour d'un voyage de plusieurs semaines en voiture qui m'avait conduit jusqu'en Californie.
Le monde s'ouvrait alors, et je voyais dans le bleu du ciel qui s'offrait à moi la concrétisation de tous les possibles...
Depuis, lorsque je doute, lorsque tout me semble fermé, il me suffit de regarder le ciel d'hiver pour que tout s'ouvre à nouveau...
26 novembre 2007
Il n'y a pas d'amour heureux ...

Rien n'est jamais acquis à l'homme Ni sa force
Ni sa faiblesse ni son coeur Et quand il croit
Ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
Sa vie est un étrange et douloureux divorce
Il n'y a pas d'amour heureux
Sa vie Elle ressemble à ces soldats sans armes
Qu'on avait habillés pour un autre destin
A quoi peut leur servir de se lever matin
Eux qu'on retrouve au soir désoeuvrés incertains
Dites ces mots Ma vie Et retenez vos larmes
Il n'y a pas d'amour heureux
Mon bel amour mon cher amour ma déchirure
Je te porte dans moi comme un oiseau blessé
Et ceux-là sans savoir nous regardent passer
Répétant après moi les mots que j'ai tressés
Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent
Il n'y a pas d'amour heureux
Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l'unisson
Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson
Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson
Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare
Il n'y a pas d'amour heureux
Il n'y a pas d'amour qui ne soit à douleur
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit meurtri
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit flétri
Et pas plus que de toi l'amour de la patrie
Il n'y a pas d'amour qui ne vive de pleurs
Il n'y a pas d'amour heureux
Mais c'est notre amour à tous les deux

Louis Aragon (La Diane Francaise, Seghers 1946)
Photos : Anna Karina
24 octobre 2007
"Ce fut un soir en septembre ...", le 12 septembre 2007 ...
Pour L., ... pour Elle, encore et toujours ...
"(...) J'ai pleuré mes larmes,
Mais qu'il me fut doux,
Oh, qu'il me fut doux,
Ce premier sourire de vous,
Et pour une larme,
Qui venait de vous,
J'ai pleuré d'amour,
Vous souvenez-vous ?
Ce fut, un soir, en septembre,
Vous étiez venus m'attendre,
Ici même, vous en souvenez-vous ?
A vous regarder sourire,
A vous aimer, sans rien dire,
C'est là que j'ai compris, tout à coup,
J'avais fini mon voyage,
Et j'ai posé mes bagages,
Vous étiez venus au rendez-vous,
Qu'importe ce qu'on peut en dire,
Je tenais à vous le dire,
Ce soir je vous remercie de vous,
Qu'importe ce qu'on peut en dire,
Je suis venue pour vous dire,
Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous..."
Barbara - Ma plus belle histoire d'amour
Pour L. ...
"tracas et épreuves t'assiègent
mais en quoi pourraient-ils
entraver ta marche
l'obstacle est
ce qui permet
de progresser"
Charles Juliet (Approches)
10 octobre 2007
Tandis que je marche ...
"Je ne sais pas nécessairement où un chemin me mènera et si mes forces me porteront jusqu'au terme. En revanche, je suis assuré de ce à quoi il me soustraira : un assoupissement qui n'est pas une forme d'équilibre, un repli sur soi. La solitude qui parfois l'accompagne n'a rien d'amer. Elle me restitue à ce qu'il y a de plus grave et doux en moi et demeure mon compagnon : le chemin. Tandis que je marche, j'ai le sentiment d'être l'auteur de mes pas. La joie est alors au rendez-vous quelle que soit ma fatigue, puisqu'elle s'accompagne du sentiment de créer ... "
Pierre Sansot
(merci Laurence, pour avoir partagé ce texte avec moi - ce texte qui, tu le savais, résonnerait si fort en moi -, et merci pour tout le reste...)
19 septembre 2007
Merci Laurence ....

"...Par la fenêtre on voit là-bas un beau ciel bleu ;
La nature s'éveille, et de rayons s'enivre ...
La terre, demi-nue, heureuse de revivre
A des frissons de joie aux baisers du soleil ..."
Arthur Rimbaud ( Les étrennes des orphelins)
11 février 2007
Tôkyô
"Hérissé
de gratte-ciel à perte de vue, le quartier de Shinjuku étincelle de
néons et résonne de baratin publicitaire. A Ginza, des salarymen en
costume sombre croisent des élégantes chargées de sacs aux logos de
grandes marques. Et si la foule s'entasse aux heures de pointe dans les
rames du métro, rien ne trouble la paix des temples où brûlent des
bâtons d'encens. A l'aube, les fêtards exténués attendent le premier
train tandis que débute le marché aux poissons.
Une jeune génération de Tokyoïtes anticonformistes, qui n'ont jamais connu la prospérité économique, est en train de bouleverser la physionomie de la capitale nippone. Avec l'émergence d'un mode de pensée alternatif, le développement des échanges interculturels et le déclin de la natalité, Tôkyô traverse actuellement une période fascinante. La tradition subsiste pourtant sous la jungle de béton et les mouvements d'avant-garde. Même s'il reste peu de traces de l'ancienne Edo, on trouve encore dans les faubourgs des ruelles bordées de petites échoppes et, ça et là, des enclaves échappant à la modernité.
Tôkyô est une ville paradoxale où les centres commerciaux géants voisinent avec un souci raffiné du détail, la course effrénée à la consommation avec une spiritualité zen héritée d'un passé millénaire. En un mot, cette métropole en perpétuelle mutation pourrait bien incarner, à elle seule, le monde du XXIème siècle."*
Je serai sur place, du 12 au 18 mai prochain, à prendre le poul du monde de demain...
*citation extraite du guide Lonely Planet sur le Japon
24 janvier 2007
Pierre Scias
La
mort de Pierre il y a quelques mois fut un réel choc pour moi, et je
n'ai pas pu alors en parler. Je voudrais cependant lui rendre ici
hommage, souligner combien il a été pour moi un vrai libraire, un
passeur de livres, et avant tout, quelqu'un que j'admirai profondément.

