03 janvier 2008
fragments retrouvés
Tout a commencé vraiment le jour
où est mort ton chat.
Dimanche froid et sec de novembre, nous
rentrions chez toi. Poussé par une force incoercible, je t'ai
parlé de ce que je venais de lire dans un roman de Stephen
King, à propos de ce cimetière indiens pour animaux qui
ramène à la vie les bêtes enterrées.
Sur le pont, le vent froid nous cingle
le visage, et la Seine, d'un vert laiteux, agitée de rares
remous, est comme une invitation à la noyade...
Ta mère, chaudement vêtue
et tremblante pourtant, nous attend sur le perron...
Le froid, toujours, et l'allée
de ton jardin qui n'en finit pas ! Je voudrais fuir à
présent...
- Ma fille... ton petit chat...
C'est la mort qui est là, pour
te ravir ton innocence. Tu cries ta frustration de ne rien pouvoir
faire contre une telle cruauté... Tu jettes ton corps contre
les murs, sur le sol ; tu cries et tu pleures ; tu pleures et ce sont
les dernières illusions que tu as sur la vie qui s'enfuient
par tes yeux. Tu les lèves vers moi, ces yeux... Ton regard :
je sais, ma chérie, je savais tout, ne me demande pas
pourquoi... TON REGARD ! S'il te plaît, pardonne-moi !..
Et puis, dehors, après, je le
vois partout, ton chat : ombres furtives, bruits insolites... Il est
là et il n'est plus là : oui, la mort est comme ça.
Quelques mois plus tard. L'été est presque là. Le soleil brille et se reflète sur l'eau. Il n'est que quatre heure, et pourtant on peut déjà voir la lune dans le ciel. Je te serre dans mes bras, et cela seul justifie tout pour moi. Elle est bien loin, la lune...Oui, tout est si loin. Et je pense alors qu'il n'y a que la mort qui soit jamais près... Et je te serre un peu plus fort...
Philippe Castelneau - 1990
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