Philippe Castelneau

libraire et auteur

21 septembre 2007

Cercle, de Yannick Haenel

01057298366"C'est maintenant qu'il faut reprendre vie".

Cette phrase - qui résonne comme une formule magique -, constitue en quelque sorte le leitmotiv de ce magnifique livre, un récit ample et ambitieux, qui nous narre la longue dérive hallucinée d'un homme que plus rien ne retient, à travers Paris et l'Europe de l'Est.
Quête spirituelle, artistique et érotique, réflection sur l'art, la poésie, la littérature et l'Histoire, ce roman m'a profondément touché.

J'ai ressenti pour ce livre ce que son narrateur ressent à la lecture de Melville :
"Je me disais : ce livre tombe à pic ; comme tous les livres, comme ces livres qui sont vraiment des livres, il arrive au bon moment. A ce qui s'ouvre, un livre répond par ce qui s'ouvre. Il ouvre à ce qui s'ouvre - et vous confirme le chemin. En lisant Moby Dick, j'avais la sensation d'entendre mieux ma propre tête, d'en entendre plus clairement la musique. Grâce aux phrases de Moby Dick, ma tête, frottée aux vagues, elle s'éclairait".


Ne boudons pas notre plaisir ! Voici deux autres extraits de ce texte splendide :
"Je profite de la nuit pour le dire en murmurant : il y a dans le féminin quelque chose à quoi seul un homme accède. Quelque chose dont il s'empare. C'est le secret de ce livre : comment le yang trouve dans le yin sa pâture, et par elle se change en divinité bizarre."

"(...) Je me sens bien. Le trou de la serrure accueille mes visions, je suis heureux avec lui. Alors, bien sûr que je l'hallucine, ce bonheur, mais à côté d'une hallucination, tout le reste semble mort. Ce que vous appelez la vie, c'est un vieux filigrane, tout ridé. La plupart des vies sont vécues d'avance, elles s'exténuent dans la rengaine, avec ce qu'il leur faut de vice pour supporter la nullité. Mais quand ça s'ouvre, quand les visions scintillent, plus rien n'existe à côté d'elles. Alors appelez ça des "hallucinations", ça ne les empêchera pas de régner. Qu'elles vous offrent un spectacle à vomir, ou la joie des clartés, c'est pareil. L'horreur et les féeries communiquent. Ce qui compte, c'est le trou que ça fait dans la "réalité". Ce trou vous libère de la fausse vie qu'on organise pour vous, celle qui vous tient dans les rails pour que ça fonctionne. Vous ne croyez pas que votre vie participe au fonctionnement ? Bien sûr que si elle participe, comme toutes les vies. Vous êtes prévu au programme - vous aussi, vous fonctionnez. Mais lorsque la vision gicle : soudain, ça se brise. Le processus, voici qu'il s'interrompt. Votre corps ne dit rien, n'affirme rien, ne revendique rien : il est lui-même l'interruption."

Je signale à toutes fins utiles que les éditions Gallimard proposent sur leur site une inteview très éclairante de l'auteur.




Cercle - Yannick Haenel - Editions Gallimard / L'Infini 2007 - 21 €

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L'Ecorché

ecorche1      ecorche

De la commune aux premiers salons impressionnistes et jusqu'aux années 1920, nous suivons le peintre Tristan Paulin sur qui pèse un lourd secret de famille qu'il tente de percer à jour, au risque de sa vie et de celle de ses proches...
Un scénario impeccable de Florent Germaine et Frank Giroud, magnifiquement mis en image par le grand Ruben Pellejero...
Une B.D. en deux tomes à découvrir au plus vite !



L'écorché tome 1 & 2 - Pellejero, Germaine, Giroud - Editions Dupuis / collection "Empreinte(s)"

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20 septembre 2007

L'homme qui marche de Christian Bobin

Comme tous les livres qui comptent, comme seuls le font les vrais livres, ce petit opuscule de Christian Bobin est arrivé par hasard entre mes mains au bon moment, pour éclairer ma route...

"Il marche. Sans arrêt il marche. Il va ici et puis là. Il passe sa vie sur quelque soixante kilomètres de long, trente de large. Et il marche. Sans arrêt. On dirait que le repos lui est interdit.

(...) Ils sont d'abord quatre à écrire sur lui. Ils ont, quand ils écrivent, soixante ans de retard sur l'événement de son passage. Soixante ans au moins. Nous en avons beaucoup plus, deux mille. Tout ce qui peut être dit sur cet homme est en retard sur lui. Il garde une foulée d'avance et sa parole est comme lui, sans cesse en mouvement, sans fin dans le mouvement de tout donner d'elle-même. Deux mille ans après lui, c'est comme soixante. Il vient de passer et les jardins d'Israël frémissent encore de son passage, comme après une bombe, les ondes brûlantes d'un souffle.

Il va tête nue. La mort, le vent, l'injure, il reçoit tout de face, sans jamais ralentir son pas. A croire que ce qui le tourmente n'est rien en regard de ce qu'il espère. A croire que la mort n'est guère plus qu'un vent de sable. A croire que vivre est comme il marche - sans fin.

L'humain est ce qui va ainsi, tête nue, dans la recherche jamais interrompue de ce qui est plus grand que soi. Et le premier venu est plus grand que nous : c'est une des choses que dit cet homme. C'est l'unique chose qu'il cherche à faire entrer dans nos têtes lourdes. Le premier venu est plus grand que nous : il faut détacher chaque mot de cette phrase et le mâcher, le remâcher. La vérité, ça se mange. Voir l'autre dans sa noblesse de solitude, dans la beauté perdue de ses jours. Le regarder dans le mouvement de venir, dans la confiance à cette venue. C'est ce qu'il s'épuise à nous dire, l'homme qui marche : ne me regardez pas, moi. Regardez le premier venu et ça suffira, et ça devrait suffire.

(...) C'est une petite paysanne, presque une adolescente. C'est sur son visage qu'il a ouvert les yeux pour la première fois. Cette première fois est pour lui comme pour tout être humain, inscrite plus profond que la chair, ineffaçable.

Dans les campagnes, on dit d'un enfant qu'il "tient" plutôt de son père ou plutôt de sa mère. Lui, il "tient" de sa mère l'ampleur de son regard, et la douceur maintenue jusque dans ses paroles les plus rudes.

Elle le voit mourir. C'est la pire chose qui puisse arriver à une mère. Il n'y a pas de mots pour cette douleur. Il n'y a aucun mot dans aucune langue pour ce qui nous arrache vivant à notre vie. Il n'y a que ses mots à lui qui sont plus que des mots.

(...) Quelque chose avant sa venue le pressent. Quelque chose après sa venue se souvient de lui. La beauté sur la terre est ce quelque chose. La beauté du visible est faite de l'invisible tremblement des atomes déplacés par son corps en marche."


pieta




Christian Bobin - L'homme qui marche (ed. Le temps qu'il fait) - 7 €
Image : La Pietà - Michel-Ange

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19 septembre 2007

Merci Laurence ....

Arthur_Rimbaud_01

"...Par la fenêtre on voit là-bas un beau ciel bleu ;
La nature s'éveille, et de rayons s'enivre ...
La terre, demi-nue, heureuse de revivre
A des frissons de joie aux baisers du soleil ..."




Arthur Rimbaud ( Les étrennes des orphelins)


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13 septembre 2007

Infabula, d'Emmanuel Werner (L'Atalante)


infabula"Un soir, ma femme a disparu. J'ai essayé d'écrire. J'ai échoué. Quelques mois plus tard, je suis parti aux États-Unis pour essayer d'échapper à tout ça : les souvenirs, les remords, l'impossibilité de raconter ce qui m'était arrivé. Ma vie, alors, s'est transformée en autre chose. Un rêve ? Une errance ? J'étais parvenu à un point où le mot "vérité" ne voulait plus dire grand-chose. Je me suis dit que je tenais le sujet de mon  livre."

Infabula est un livre envoûtant, une longue dérive onirique qui mêle habilement fiction et réalité, un premier roman d'une rare maîtrise qu'il est urgent de découvrir !
C'est Fabrice Colin qui a attiré mon attention sur ce livre, et Fabrice Colin est un homme de goût... Aller, courrez acheter ce petit livre, il vous en coûtera moins de 10€ ! Le plaisir à la portée de toutes les bourses !



Infabula - Emmanuel Werner (Éditions de l'Atalante)

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11 septembre 2007

Léo Ferré - La mémoire et la mer ...

"... Ô l'ange des plaisirs perdus
Ô rumeurs d'une autre habitude
Mes désirs dès lors ne sont plus
Qu'un chagrin de ma solitude ..."


Léo Ferré - La mémoire et la mer

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09 septembre 2007

Soirée Artefac / Maurice G. Dantec

FLYER

Posté par castelneau à 19:58 - littérature - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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