04 juin 2009
Goodbye, mister Carradine...
01 juin 2009
Leonard Cohen
SOUS MES MAINS
Sous mes mains
tes petits seins
sont les ventres retournés
de moineaux tombés et palpitants.
Chaque fois que tu bouges
J'entends le bruit d'ailes fermées
d'ailes tombées.
Je reste sans voix
car tu es tombée près de moi
car tes cils
sont les squelettes fragiles d'animaux minuscules.
Je redoute l'instant
où ta bouche
m'appellera chasseur.
Quand tu m'appelleras
pour me dire
que ton corps n'est pas beau
je convoquerai
les yeux et les bouches cachées
de la pierre de la lumière et de l'eau
pour témoigner contre toi.
Je veux qu'elles
capitulent devant toi
les rimes tremblantes de ton visage
hors de leurs coffrets profonds.
Quand tu m'appelleras
pour me dire
que ton corps n'est pas beau
je veux que mon corps et mes mains
soient des fontaines
pour tes regards et pour tes rires.
Leonard Cohen in Musique d'ailleurs - Christian Bourgois Editeur (traduction Jean Guiloineau)
Comment expliquer Leonard Cohen à ceux qui ne le connaissent pas ? Insaisissable, déroutant, il finit toujours pourtant par s'imposer comme une évidence. Un texte, une mélodie, une chanson qui vous touche soudain, et dès lors les mots de cet immense poète ne vous quittent plus...
Les Inrockuptibles viennent de lui consacrer un splendide hors série, alors que sa tournée mondiale arrive en France dans les prochaines semaines. SI vous le pouvez, ne le loupez pas : un moment de grace vous attend...
Interview avec Jean-Marc Lofficier - Quatrième partie
La quatrième et dernière partie :
Tongue*Lash évolue dans un univers très particulier. Peux-tu nous le décrire, et nous raconter la genèse de ce projet ?
Il s’agit en effet d’un univers Maya moderne (voire futuriste) ou la civilisation greco-romaine ou occidentale n’a pas vu le jour. Le pourquoi de tout ça sera expliqué un jour si on nous en donne l’occasion. Conceptuellement, ou thématiquement, l’influence qui fut à l’origine de ce projet fut un roman policier de Tony Hillerman, SKINWALKERS, qui faisait intervenir un détective indien dans une réserve du Sud-Ouest américain, et incluait des notions de mythologie indienne. L’idée de faire une histoire dans un cadre et avec des détectives mayas est partie de là.
On a rencontré Dave Taylor à une convention de BD à Londres -- je ne me rappelle plus l’année exacte mais ce devait être vers 1989 ou 1990 ? Plus tard, quand on a lancé la série du MONDE DU GARAGE HERMETIQUE avec Eric Shanower aux USA, il nous a envoyé, sans être sollicité, des pages d’échantillons (qu’on a d’ailleurs reproduit dans l’édition US) de son travail. A l’époque il travaillait pour Marvel U.K. et un peu pour Marvel U.S. et il en avait assez de faire du super-héros, et cherchait à faire autre chose, dans un style plus européen et moins, disons, kirbyien. C’est comme ça qu’on en est venu à lui proposer de faire cette histoire de détectives Maya qui traînait toujours dans nos tiroirs.
Deux mini-séries sont parues à ce jour. Quel accueil à eu la série et peut-on espérer une suite ?
L’accueil aux USA a été excellent, surtout pour la seconde série, où le style de Dave est plus maîtrisé (c’est normal), et les couleurs de Scarlett sublimes. On a une troisième histoire en projet, mais hélas pas de moyens financiers de la réaliser. Le marché du comic-book s’est écroulé aux USA, et les éditeurs rechignent à payer des prix de pages (à-valoir) qui permettraient à Dave, qui a un job régulier dans le design de jeux vidéos, de se libérer.
C'est dommage parce que la troisième histoire prévue, "Les Vacances de Tongue*Lash", auraient conduit nos deux enquêteurs sur notre monde à nous.
Tu as dit que pour le SemicVerse, tu avais commencé par élaborer une véritable « bible ». Est-ce que tu procède toujours de la sorte, as tu besoin pour attaquer une histoire d’avoir d’abord défini de manière approfondie tes personnages, au point d’imaginer des choses qui ne te serviront probablement pas dans l’histoire mais qui pour toi donne de la profondeur à tes héros ?
C'est un peu plus compliqué que ça. Il est exact que si on se lance dans une histoire assez complexe, que ce soit Tongue*Lash, Hogun Temu, ou le Robur sur lequel nous travaillons en ce moment avec Gil Formosa pour l'Echo des Savanes, trois histoires qui se déroulent chacune dans des univers inventés, il faut avoir une notion de l'histoire, de la géographie, et des éléments principaux de cet univers, autrement il est difficile de bâtir un scénario cohérent, du moins à mon avis. Tout ça conduit donc à créer, si ce n'est que dans sa tête, beaucoup plus de choses que le lecteur n'en saura, ou qui seront utilisées dans un seul épisode. C'est vrai aussi du SemicVerse. Par contre, une chose en entraîne une autre, et toutes ces constructions ne sont pas forcément solides. Au détour d'un scénario, on peut être amené à imaginer une chose qui va en entraîner une autre, et ainsi modifier l'idée de départ. Et puis il reste toujours des zones d'ombre, qui se remplissent au fur et à mesure de l'avancement d'une saga. Donc c'est un processus de création qui reste quand même flexible.
Par exemple, dans le cas de Robur, la nécessité que nous nos sommes imposés de découper l'histoire en chapitres pour sa publication dans L'Echo m'a conduit à modifier sa structure, ce qui de fil en aiguille m'a amené à changer certains éléments du scénario, ce qui ensuite a provoqué des chamboulements dans l'univers que j'ai crée dans ma tête et dont le lecteur n'a pas communication. Inversement, il s'est produit que Gil Formosa fasse une suggestion ou me pose une question et que ma réponse soit dictée par quelque chose que je sais et qui est important pour moi, mais qui n'interviendra pas dans le récit avant peut-être un hypothétique 5ème ou 6ème album.
Quels conseils donnerais-tu à un scénariste débutant qui souhaite se lancer dans le comics ? Existe t-il des trucs, des exercices pour mieux maîtriser le genre ? Et si oui, quels sont-ils ?
Je ne suis pas très fort pour donner des conseils... A un niveau pragmatique, peut-être... Dans le cas présent, je conseillerais d'aller chercher fortune ailleurs car je ne pense pas que la BD soit dans l'absolu un bon choix de carrière... Mais laissant les sordides questions matérielles de côté, on en revient à des problèmes classiques : structure, personnages, dialogues, etc. Je ne pense pas qu'il y ait de "trucs" particuliers, autre que j'ai du apprendre à être concis car le nombre de mots qui peut rentrer dans un ballon, surtout si on ne veut pas alourdir la case, est quand même limité.
Un "truc" marrant que m'a appris Julie Schwartz, c'était d'éviter le mot "flick" en anglais parce qu'au lettrage les lettres "L" et "I" e confondent et ça donne "fuck"! Je crois que les anglo-saxons entendent les dialogues dans leur tête quand ils les lisent plus que les français. Il est plus naturel de lire un comics à haute voix que de nombreux albums de BD françaises, qui sont plus littéraires et moins verbaux, ou des fois, tous les personnages s'expriment avec la même voix. Ce n'est pas vrai d'Hergé, de Greg, de Franquin, d'Arleston, de Van Hamme, évidemment, mais cela se voit quand même pas mal. C'est moins vrai ici.
Et à un dessinateur ?
Là, je vais faire impasse, car je ne me sens pas du tout qualifié pour donner des conseils à un dessinateur, autre bien sur que d'apprendre à dessiner, mais après, c'est une question d'évolution et de recherches personnelles. J'ai une attitude très "cool" envers mes dessinateurs -- en général, dans la mesure où l'essentiel de l'histoire n'est pas affecté, je les laisse libres de dériver, et j'essaie de m'adapter.
Peux-tu nous parler un peu de la SF, de l'influence quelle a eu sur toi ? Est-ce que tu fais une différence entre les romans, les films, les comics et la BD, ou est-ce qu'au contraire pour toi tout cela forme un tout qui constitue la SF dans son ensemble ?
Chaque médium a bien sûr ses propres règles narratives, mais sur le fond, je ne fais pas de distinction profonde. J’ai découvert la SF dans ses différentes incarnations, BDs, livres, films, télé, radio (eh oui !), dessin animé (Joe au Pays des Abeilles de Jean Image -- autre chose qui ma beaucoup marqué étant petit), voire fumettis, donc pour moi il y a une congruence qui fait que chaque médium est un peu comme une branche émanant du même tronc.
Tenez, le Joe miniaturisé de Jean Image explorant les Merveilleux Royaumes des Mouches sur leur petits nuages, avec leurs cultures différentes, c’est presque du Jack Vance... Je crois qu’on peut passer de Rocambole (livres Marabout) à Fantômas (films avec Jean Marais) à Satanik (fumetti italien) à Batman (comics US) sans trop de difficultés. Ou de Jules Verne au sous-marin de Legrand-Ixe dans Nic et Mino. Vous voyez ce que je veux dire ? Les frontières sont plus techniques que conceptuelles. Je n’ai jamais compris pourquoi certains fans de SF dans un médium puisse en mépriser un autre, surtout quand on a été soi-même victime du mépris de la culture générale. Quand j’étais petit, on confisquait encore Spirou ou Tintin dans mon école, et si on m’avait attrapé avec Satanik, cela aurait été le renvoi garanti. Je ne veux pas me poser en « résistant », mais enfin quand on a du se cacher pour lire de la SF, c’est un peu bizarre de voir certains faire la fine mouche. Il me semble qu’on devrait tous faire preuve d’œcuménisme du genre !
Les années 70, c'est l'époque où en Angleterre Moorcock lance la revue New Worlds, c'est aussi l'époque des Ballard, des Spinrad. La SF en est profondément modifiée, une école européenne semble émerger, des oeuvres plus ambitieuses, plus "littéraires" sont proposées. En étais-tu conscient à l'époque, et est-ce que cela t'a influencé ?
La bataille de la « new wave » (nouvelle vague) a en effet déchiré nos revues et fanzines après 68. C’était l’époque de « la SF sera politique ou ne sera pas ». D’un coté il y avait un brave lecteur de Galaxie, M. Statot (le nom m’est resté) qui proposait de passer Harlan Ellison au pistolaser. "Il faut abattre la bête Ellison," disait-il. Je n'intente rien! De l’autre, Andrevon et surtout Bernard Blanc s’érigeaient en tribuns populaires et jugeaient toute SF à travers le prisme de l’idéologie de gauche post-68arde, pro-Larzac, anti-nucléaire, etc. Ils n’avaient pas toujours torts, mais mon dieu ce qu’ils pouvaient être ennuyeux ! On passait les malheureux Edmond Hamilton et Poul Anderson à la moulinette critique, et en échange, on nous proposait Ciel Lourd Beton Froid! Ce n’est pas la meilleure époque de la SF française...
La collection argentée de Gérard Klein chez Laffont, Ailleurs & Demain, fit à mon avis bien plus pour remonter l’image de la SF que tous les efforts conjugués de nos auteurs politiquement engagés, dont il ne reste d’ailleurs pas grand chose aujourd’hui.
De là à dire que ça m'a influencé, je ne crois pas. Mes auteurs favoris restent des deux côtés de la ligne de démarcation de l'époque: Vance, Farmer, Asimov, Clarke, mais aussi Zelazny, Moorcock, Ellison, Silverberg de l'autre. Si influence il y a eu, elle aura été plutôt à l'opposé du but recherché: j'ai appris à détester la littérature dogmatique, où l'opinion de départ, ce que l'auteur cherche à prouver, est plus important que les faits qui contredisent cette opinion.
Comment est né Hollywood Comics ? Quel est le rôle de cette structure, qui représentez-vous aujourd’hui ? Vers quels médias vous orientez-vous ? Cherchez-vous de nouveaux talents, où ne travailler vous qu’avec des auteurs déjà confirmés ?
Hollywood Comics est le nom de notre agence littéraire -- en bref, on sert de conseils et négociateurs aux gens (dessinateurs, scénaristes, et autres) évoluant dans le milieu de la BD, du dessin animé, du cinéma, de la télé, etc. On travaille dans tous les médias -- tout en continuant notre activité de scénaristes -- et je crois qu’on fait du bon travail pour les autres. Par contre on est par la nature de notre activité plus réactifs que proactifs. On travaille avec de jeunes auteurs tout autant que des auteurs confirmés ; c’est juste que les jeunes auteurs ont moins d’opportunités.
Que représente la BD pour toi ? Que penses-tu du manga qui connaît un tel essor aujourd’hui ? Crois-tu que les comics américains ont encore des choses à dire, et quels sont les grands acteurs du genre à ton avis ?
La BD reste le médium idéal pour raconter des histoires qui ne pourraient pas être racontées dans n’importe quel autre médium. C’est comme être réalisateur de films à gros budgets sans avoir à se soucier des studios et des budgets, et de pouvoir faire ça tous les mois, comme un feuilleton TV, et donc pouvoir cultiver des sagas et des trames complexes, s’étalant sur de longues périodes de temps. Je n’ai pas d’opinion particulière sur le manga -- je connais les classiques, Otomo, Shirow, LONE WOLF, MAI, 2001 NIGHTS, CRYING FREEMAN, etc mais je ne suis pas tout ce qui se fait, bien sur.
Quant aux comics, ils souffrent essentiellement d’un problème de distribution, de paramètres économiques qui les asphyxient -- c’est vrai en France aussi. On perd des auteurs potentiellement géniaux simplement parce qu’ils n’y trouvent plus le moyen de gagner leur vie, sauf s’ils travaillent pour Marvel ou DC où ils font un truc de temps à autre.
Peux-tu nous parler de Rivière Blanche, et ce sur quoi vous travaillez, Randy et toi en ce moment ?
Comme je l’évoquais plus haut, après avoir lancé Black Coat Press mi-2003, nous avons pris la décision un an plus tard de faire la même chose en français avec Rivière Blanche. Rivière Blanche publie des manuscrits dans l'optique résolument nostalgique des années 1970. Les maquettes de couverture de nos collections ont été d'ailleurs volontairement conçues en tant qu'hommages aux anciennes collections "blanche" et "bleue" d'Anticipation et "noire" d'Angoisse du Fleuve Noir, indiquant par là même nos choix éditoriaux. Tout cela fonctionne grâce à Philippe Ward, qui assume la direction de la collection et choisit les livres à publier, etc.
Tu as publié un livre référence sur la SF française. Pourquoi aux USA et en anglais ?
J’avais déjà une excellente relation avec cet éditeur de livres universitaires qui avait publié deux autres ouvrages de Randy et moi auparavant. De toute façon, un tel ouvrage n’est économiquement publiable qu’aux USA où par le jeu de la démographie on peut espérer vendre au moins 500 exemplaires. En France on en vendrait 100, à tout casser. Et puis la motivation principale était de montrer aux anglo-saxons, enfin aux experts du genre, tout ce qui a été fait en français dans le genre. Parce qu’en fait à part Jules Verne et une ou deux exceptions, ils ignorent tout de la culture française. De ce point de vue là, opération réussie. Les réactions, à l’exception de quelques critiques ponctuelles méthodologiques et d’ailleurs pas fausses, ont été dithyrambiques.
Comment est né ce projet ?
C’est mon côté missionnaire. Et puis comme toujours, on finit par écrire ce qu’on a envie de lire (ou consulter) et qui n’existe pas.
Une édition française est-elle prévue ?
Ah ah ! On peut rêver ! Un bouquin de 800 pages comme ça n’est pas jouable en France, à moins de trouver un mécène.
Propos recueillis par Philippe Castelneau
Interview initialement publiée dans la revue SWOF en 2001 / Revue et mise à jour en 2009
Encore une fois, un grand merci à Jean-Marc pour sa patience, sa gentillesse et sa disponibilité.
Le site officiel de Jean-Marc est ici, le site officiel de Rivière Blanche est là
19 mai 2009
Interview avec Jean-Marc Lofficier - Troisième partie
Troisième partie :
Ton travail est presque toujours le fruit d’une collaboration avec Randy, à l’exception notable du Semic verse. Vous signez même sous un nom générique, RJM Lofficier. Est-ce qu’il s’agit d’une collaboration à la Lennon / Mc Cartney, où en dépit d’une signature commune il arrive que ce soit un travail solo, ou bien s’agit t-il d’une vraie collaboration à 100%, et dans ce cas, qui fait quoi, comment vous répartissez-vous le travail ?
Dans le cas du SemicVerse c’est signé Jean-Marc seul, parce que d’une part je gratte beaucoup de choses directement en Français et d’autre part Randy n’a pas grandi avec ces personnages alors que moi, oui.
Mais tout le reste de nos travaux est fait en collaboration ; en général je suis plus responsable des intrigues et des concepts, et Randy des dialogues. Mais les documents se repassent des fois deux ou trois fois de main en main, donc à l’arrivée c’est difficile d’attribuer une paternité précise à tel ou tel truc.
Peux-tu nous parler de ton projet chez DC autour du cinéma expressionniste ?
L’idée est venue de moi seul, et au début il ne s’agissait que d’un tome, Superman - METROPOLIS -- l’idée d’une trilogie est venue après. Roy Thomas s’est trouvé à faire les dialogues du premier tome parce qu’on travaillait pas mal ensemble à l’époque, et il avait participé à, disons, l’effort de vente du projet. C’est Mike Carlin qui a choisi Ted McKeever, que je connaissais déjà et avec qui je m’entendais très bien. Il est certain qu’il a donné un souffle tout à fait spécial à ce projet et que, sans lui, je n’aurais pas imaginé une suite.. En tout on a fait trois tomes : SUPERMAN’S METROPOLIS, BATMAN NOSFERATU et WONDER WOMAN THE BLUE AMAZON. On aurait pu en faire d’autres, mais DC a pris la décision de s’arrêter là. Il faut dire que c’était plus un succès critique que commercial.
Peux-tu nous raconter en détail comment s’est mis en place le projet Semicverse, qui malheureusement à tourné court ?
Fin 98 ou début 99, Thierry Mornet m’a contacté par e-mail pour une affaire qui n’avait rien à voir avec le SemicVerse, et de fil en aiguille, nous nous sommes mis à correspondre, et je lui ai vendu -- il n’y a pas eu besoin de le forcer beaucoup ! -- la notion de SemicVerse en lui montrant comment les personnages crées par (ou pour) Marcel Navarro / Lug s’intégraient de façon harmonieuse dans un univers partagé.
L’univers Lug n’est au fond pas très différent de ce qu’était l’univers DC dans les années 60s, à mon avis. Bref, j’ai rédigé un projet de saga en 12 numéros style Crisis on Infinite Earths intitulé alors Strangers, qui devait relancer tout ça d’un coup. On en avait même discuté à Paris lors d’un de nos passages en Mai 1999, et à San Diego ensuite. Mais dans la pratique, cela ne s’est pas fait, pour des raisons économiques. Thierry n'a pas pu débloquer les autorisations nécessaires pour lancer d'un coup, comme ça, une maxi-série de 12 comics couleurs. Ce qui s’est fait à la place, c’est un travail à la pièce, en commençant avec de nouvelles histoires de Zembla et Kabur dans Special-Zembla, suivi du lancement du nouveau Fantask, puis de la migration de nouvelles séries dans chacun des pockets : Phenix dans YUMA, Dick Demon dans MUSTANG, etc.
Du coup, au lieu d'une explosion massive, le montage du SemicVerse a du se faire par petites touches, dans plusieurs séries, et il y a tout un tas de notions ou de personnages qui n'ont jamais eu l'opportunité de monter en scène. C'était très frustrant d'un côté; de l'autre, ce fut un "challenge" car il fallait faire avec des éléments disparates, dans de petits débouchés, style histoire de 8 pages publiées dans Rodeo.
On a quand même fini par réaliser STRANGERS, qui entre-temps avait légèrement changé d’optique, et puis fin 2003, les ventes des pockets restant faiblardes, les dirigeants de Semic ont pris l’initiative de tout arrêter.
Aujourd’hui que nous avons un peu de recul, que penses-tu du travail accompli sur ce projet ?
Je suis satisfait de ce qui a été fait ; je regrette simplement que nous n’ayons pas eu plus de moyens pour pouvoir faire quelque chose de mieux. Après l’arrêt de Semic, les différents créateurs des personnages et moi-même se sont rassemblés et avons fondé une association pour continuer à gérer la vente des droits de ces séries. Cela nous a permis d’entamer une séries de rééditions au format trade paperback aux USA. Sept volumes sont déjà parus.
Quels sont tes regrets et tes satisfactions ?
Regrets : les séries qui sont restées sur le pavé, commeMorgane et Kidz, ou les histoires inachevées tels Doick Demon et Kabur.. Satisfactions : Wampus -- l’idée de pouvoir reprendre et boucler cette histoire de ma jeunesse avec le même dessinateur qu’en 1968, Luciano Bernasconi, tient du rêve éveillé. Luciano est un grand monsieur, qui a toujours une pêche incroyable. Pour moi, c'est un peu comme travailler avec Jack Kirby, car Luciano est au SemicVerse ce que Kirby est au Marvel Universe. C'est lui qui a conceptualisé plus de la moitié des grands personnages. Wampus, Kabur, Saint-Germain, Bob Lance, Sibilla, Kit Kappa, Phenix, le Gladiateur, l'Ami Barry, Billy Boyd, l'Autre, Starlock, tout ça, c'est Luciano!
J'ai d'ailleurs connu Jack Kirby, mais je n'ai jamais eu l'honneur de travailler avec lui; tout au plus m'a-t-il appuyé moralement et fourni quelques indications précieuses quand j'ai recrée une version adulte de ses Boy Commandos dans Blue Beetle pour DC. Et puis Jose Ladronn et moi nous avons fait Transilvane, qui est un hommage non déguisé à Jack...
Quels étaient les différences entre ce relaunching et par exemple les ABC Comics de Moore ?
Beaucoup de dollars en moins de notre côté ! (rires).
Remettre à jour d'anciennes séries... ma foi, on aime ou on aime pas, mais c'est quand même l'essence des univers partagés qui sont au cœur du phénomène comics. Il n'y a jamais eu d'univers intégré dans la BD française comparables à ceux des américains, hormis un peu chez Lug et Imperia. Je trouve amusant d'essayer de retaper tout ça, à la limite plus que de faire semblant avec de faux "passés" créés rétroactivement et artificiellement de toutes pièces comme la ligne Awesome ou ABC de Moore par exemple. Plutôt travailler sur du vrai démodé que du faux démodé, en quelque sorte.
Je connais un peu Alan, bien qu'on se soit perdu de vue... On a tous deux travaillé pour Dez Skinn, et je me souviens qu'on avait bavardé de Watchmen à San Diego en 85 ou 86... J'aurais pu faire comme Watchmen et rebaptiser les héros du SemicVerse -- Captain Atom devenant Doctor Manhattan, Homicron devenant, je ne sais pas, Alphatron! Mais cela aurait servi à quoi? A mon avis, il est bien plus intéressant de considérer l'ensemble de la production Navarro-Lug -- plus de 250 personnages ou séries! -- et poser comme point de départ que tout ça est "réel" et faire avec.
Mais qu'on ne s'y trompe pas: il y a autant de différences entre "notre" Homicron et celui de Futura de 1970 qu'entre Doc Manhattan et le gentil Captain Atom de Steve Ditko. Et il y a des personnages qui sont franchement détournés -- Stormalong était une espèce de Fantômas de la Nouvelle Orléans au 19ème siècle dans Jeunesse Sélection, et j'en ai fait un personnage à mi-chemin entre Merlin et le Phantom Stranger de DC. Dago, rebaptisé Drago parce qu'en anglais Dago veut dire métèque, était une piètre copie de Zagor, et on en a fait un Zorro matiné de Fantôme du Bengale, avec une famille remontant à Saint-Georges. Bref, je n'ai pas le sentiment de copier mes prédécesseurs mais au contraire de faire un vrai travail de création -- dans le cadre du comics bien sur.
Le Semic verse n’était de toute évidence pas pour toi un travail de commande, destiné à lancer artificiellement un univers de super-héros, mais bien un « labour of love ». Peux-tu nous parler de ton attachement à ces personnages, et où tu voulais les emmener ?
Vu les paramètres économiques, cétait effectivement un « hobby » plus qu’un job. Pour tout le monde d’ailleurs. Si ça permet à de jeunes dessinateurs de se roder, et d’avoir un goût du travail méthode comics, comme cela se pratique aux US, au moins cela aura servi à quelque chose.
Pour ma part j’ai dévoré tous ces petits formats dans ma jeunesse, et mon sentiment n’est pas très différent de celui de Roy Thomas reprenant la Justice Society of America ou de Marv Wolfman écrivant Superman. Bref, on se fait plaisir en revisitant et modernisant les héros de notre enfance.
Le SemicVerse -- pour moi ça restera quand même toujours les Editions Lug -- j'ai grandi avec. Quelque part, Waki c'est un peu Kamandi, ou même des héros obscurs comme Sibilla me font penser à Prince Ra-Man dont je lisais les aventures dans Eclipso... C'est un héritage... Toutes ces créations de Marcel Navarro, Luciano Bernasconi, Franco Frescura et d'autres méritent (à mon avis) une relève, comme DC a assuré la leur dans les années 70s, grâce aux talents de Roy, de Marv, de Len et d'autres.
Autrement, c'est le retour de Wampus qui nous a été le plus demandé, de très loin, et si on n'avait pas respecté le perso original, je crois que les lecteurs, moi le premier, nous auraient boxé les oreilles. Pour Homicron, le modèle, c'est plus les Nick Fury de Jim Steranko de ma jeunesse. En tout cas rien à voir avec le Homicron d'origine de Futura, qui n'avait aucun style et qui s'est cherché, sans se trouver, pendant six numéros. Pour Kabur, le modèle est bien sur Conan, de Thomas et Buscema, bien que les personnages soient très différents. Conan est un barbare, un fonceur; Kabur, non. C'est plus Prince Vaillant. Mais j'ai conceptualisé son univers, et environ 2 ou 3 ans de sa vie. Je sais où je vais. On a même fait un bond dans son avenir et de créer une série parallèle, King Kabur, qui se deroulait quelques millietrs ds’années plus tard.
Un dernier point, tout à fait subjectif. La modernité ne m'intéresse que si elle rentre dans les règles du jeu du comics, qui sont fondamentalement celles définies par et en usage chez Marvel et DC... A savoir, c'est un univers partagé, donc les auteurs doivent faire dans un certain style, qui peut aller de Mignola à McFarlane, de Rob Liefeld à Neil Gaiman, mais on est quand même dans le comics, et l'univers doit rester cohérent. Je suis a priori contre les débordements qui conduiraient à faire tout et n'importe quoi. Donc quelque part, le modèle que nous avons employé reste un modèle américain, pas français. C'est évidemment un a priori dont on peut contester la prémisse, mais c'est en tout cas notre approche.
Suite et fin... bientôt !
26 avril 2009
Interview avec Jean-Marc Lofficier - Deuxième partie
Deuxième partie :
Au tout début des 70's, tu commences à écrire dans des fanzines…
J’ai fait la connaissance de la traductrice des Perry Rhodan, Jacqueline Osterrath, en 1970. Elle publiait un fanzine, Lunatique. C’est dans Lunatique que j’ai publié mes premières nouvelles et critiques. J’en suis très fier car il y avait des gens très bien au sommaire : Jean-Pierre Andrevon, Caza, dont j’ai fait la critique, bonne, du premier album, Kris Kool, paru chez Losfeld.
Jacqueline a arrêté Lunatique en 74, je crois, sinon j’aurais continué... A la même époque ou juste un peu après, en 72, 73 et 74, j’ai fait des BDs, des petits mickeys, si, si, pour le magazine de mon lycée (La Claque) et ensuite celui de mon copain Michel Janvier de l’IUT d’Orléans (L’Abces). Michel est devenu un dessinateur pro, et c’est dans l’Abces que Vuillemin a fait ses premières armes.
Tu écris alors pas mal de nouvelles de SF…
Hélas, après Lunatique, j’ai encore publié quelques nouvelles, écrites directement en anglais, ici et là dans des fanzines, mais c’est tout. Les seules nouvelles que j’ai écrites depuis sont celles qui figuraient dans les comic-books du Garage Hermétique chez Marvel, et en accompagnement dans les portfolios d’Arzach, et qui ont été reprises dans le bouquin Arzach édité par Simon & Schuster aux USA il y a quelques années.
Quand Randy et moi avons lancé notre micro-édition Black Coat Press en 2003, nous nous sommes soudain mis à écrire plus de textes en proses : des nouvelles pour accompagner nos traductions d’Arsène Lupin ou du Fantôme de l’Opéra, ou pour notre anthologie Tales of the Shadowmen consacrée aux héros de la littérature populaire. On a même écrit deux romans, l’un en anglais, EDGAR ALLAN POE ON MARS, et l’autre en français pour la collection Club Van Helsing : CREPUSCULE VAUDOU.
Toutes nos nouvelles viennent d’être rassemblées en français dans un recueil intitulé PACFICA qui vient de sortir chez Rivière Blanche.
Et quel est alors ton rapport au cinéma ?
Comme je le disais, j’ai toujours accroché au cinéma fantastique -- Dr Who, les films de la Hammer, les Mysterons, le Dr. Phibes... et bien sur des films comme 2001, mais aussi au début des années 70, des films plus sérieux comme Silent Running, Phase IV, Soylent Green... Il y avait le Styx et le Brady à Paris -- j’ai vu la Nuit des Morts-Vivants dont j’avais fait une critique (excellente) au premier et les Hammers au second... Ou à Toulon dans des cinémas de quartier...
En allant en Angleterre vers 73-74, j’ai fait la connaissance de Dez Skinn, qui venait de créer House of Hammer, dans lequel il publiait des BDs de John Bolton, Brian Bolland, etc. J’ai fait des articles sur le cinéma fantastique pour HoH, et à la même époque je me suis mis aussi à collaborer à l’Ecran Fantastique en France, la revue d’Alain Schlockoff. Comme j’allais à Londres une fois par mois environ, c’était assez facile. Je crois qu’HoH s’est arrêté en 76, Dez a ensuite crée Starburst (auquel j’ai aussi collaboré) avant de partir créer Warrior. Et je suis resté à l’Ecran Fantastique pour une bonne dizaine d’années, devenant leur correspondant à Hollywood, quand je suis venu vivre ici.
Je suis venu aux USA, en touriste, en 1978, j’ai fait la connaissance de Randy, et j’ai réussi à revenir, cette fois en stagiaire du Crédit Lyonnais, fin 78. Randy et moi avons servi de correspondants à l’EF de 79 à 85 environ, de fait jusqu’à notre association avec Starwatcher, qui a commencé fin 1985. Donc mon association avec l'Ecran Fantastique a duré une bonne dizaine d'années.
Tu as commencé par écrire des critiques cinés, réaliser des interviews de réalisateurs, etc. Peux-tu me parler un peu de cette période, ce que tu en garde et ce que ce travail journalistique a pu t’apporter dans ton approche du métier de scénariste ?
Je suis très heureux d’avoir pu collaborer à L’Ecran Fantastique, qui m’a beaucoup apporté. Je crois avoir été l’un des premiers journalistes en France à couvrir en détail la télévision fantastique avec des dossiers sur Le Prisonnier, Star Trek, Doctor Who, les séries de Rod Serling (La 4ème Dimension, etc.). Les contacts pris pour Doctor Who, par exemple, m’ont par la suite permis de réaliser plusieurs livres sur le sujet, et à un niveau personnel, bâtir des amitiés solides, avec Terrance Dicks par exemple, qui fut l'un de ses story editors.
Les dossiers que Randy et moi réalisèrent sur le « making of » (comme on dit ici) de films tels Blade Runner, ou SOS Fantômes, nous permirent d’avoir accès à tout un monde de techniciens du cinéma, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Notre collaboration à l’Ecran nous permit de collaborer à des revues similaires anglo-saxonnes, telles Starburst en Angleterre ou Starlog aux USA. Le rédacteur en chef de cette dernière, Dave McDonnell, est toujours un ami, et je continue d'écrire des critiques de romans de SF pour son magazine.
Je ne sais pas si l’écriture journalistique a eu un impact quelconque sur notre travail de scénaristes à Randy et moi -- ce n’est pas évident à priori -- mais par contre, il est certain que les contacts pris dans le cadre de notre activité de journalistes ont beaucoup facilité notre passage au statut de professionnels.
Quand et comment as-tu fait tes débuts dans les comics ?
J’ai fait la connaissance de Roy Thomas et de Gerry Conway qui vivaient alors à Los Angeles, et qui travaillaient eux-mêmes dans le cinéma, et étaient bien sur des piliers de Marvel et/ou DC. J'avais lu les comics qu'ils avaient scénarisés quand j'étais plus jeune; il était inévitable que nous devenions amis. Roy et Gerry étaient alors associés -- ils écrivirent ensemble le 2ème film Conan et le dessin animé de Bakshi, Fire & Ice, sur lequel nous les interviewâmes pour Starlog et l'Ecran. Nous fûmes même invités au mariage de Roy avec son épouse, Dann.
Si mes souvenirs sont bons, ils venaient de se mette à la rédaction du scénario du deuxième Conan quand ils nous ont demandé un coup de main... Nous nous sommes vus confiés (Randy et moi) la rédaction de « fill-ins » -- des boulots de remplacements de dernière minute. Je crois que notre premier « job » fut un Firestorm pour Gerry Conway, suivis de 5 ou 6 numéros d’Arak avec Roy Thomas, et suite à un voyage à New York, un Action Comics (Superman) pour le grand Julie Schwartz. C’est surtout grâce à eux, spécialement à Roy, que nous avons appris les ficelles, disons techniques, du métier.
Je suis vraiment incroyablement content d'avoir eu l'occasion de travailler pour Julie qui fut l'un des grands du comics -- à l'origine du second Flash, etc. -- avant qu'il ne parte plus ou moins à la retraite. Nous écrivîmes pour lui une histoire de Superman qui est un hommage à Astérix, qui fut dessinée par Keith Giffen, et qui fut publiée quelques mois à peine avant le "revamping" du personnage et le départ de Julie.
Je devrais aussi mentionner Marv Wolfman et Len Wein qui vinrent habiter à Los Angeles vers 1986, je crois, pas très loin de chez nous d'ailleurs, et avec qui nous eûmes l'occasion de collaborer: toute une série de Blue Beetle avec Len, et quelques Teen Titans avec Marv, ce qui était très flatteur, car c'était ses personnages fétiches, et il ne les confiait pas à n'importe qui!
C'est d'ailleurs l'un de ces Teen Titans (un Spotlight sur la Brotherhood of Evil) pour lequel nous écrivîmes un hommage à Tintin, dessiné par le grand Joe Orlando -- j'ai encore une copie du courrier que nous échangeâmes -- qui fut l'objet d'une plainte hargneuse et totalement injuste de la part de la Fondation Hergé qui écrivit à DC pour se plaindre, et les rançonna de $1500, ce qui me valut ensuite quelques problèmes avec DC.
Comment as-tu été perçu, toi le frenchie, dans le monde des comics ?
Sans aucune discrimination quelconque. J’ironise parfois que nos amis américains pensent que je suis un anglo-saxon avec un accent bizarre (mais pas plus bizarre que celui d’un écossais ou d’un australien) et qu’ils n’intègrent pas vraiment que l’anglais n’est au fond pas ma langue maternelle. D’une certaine façon, c’est également flatteur...
De 89 à 94, tu es à la tête de la série anthologique Cheval Noir chez Dark Horse…
« A la tête » , pas vraiment. Disons que j’assistais Mike Richardson, président de Dark Horse dont c’était le « bébé », qui choisissait les séries (parfois d’après mes recommandations), et que Randy et moi étions responsables des traductions et des pages de texte expliquant qui étaient les auteurs, etc. Il n’y a jamais eu aucun problème que je sache au niveau des droits avec les éditeurs français.
Au début les couves étaient par des auteurs US célèbres, l’idée étant que ça aiderait les ventes. J’ai toujours été un peu sceptique sur le principe, vu qu’en fait l’éditeur vend aux libraires, pas aux lecteurs. Par la suite, ça s’est diversifié un peu : il y a eu des couves de Moebius, Tardi, Andréas, etc.
La revue marchait pas mal jusqu'a jour où la fameuse vague de spéculation a envahi le monde du comics et les libraires se sont mis à arbitrairement couper les commandes de titres qui n'étaient pas "hot" pour satisfaire les autres. Cheval Noir a trinqué, et ça a été le début de la fin. C'est dommage parce que ça nous a quand même permis de sortir Andreas, Tardi, Schuiten et Peeters, Cailleteau et Vatine, Makyo et Rossi, Druillet, et d'autres, aux US.
On a d'ailleurs reçu un prix, le Inkpot, l'un des plus anciens prix dans le domaine, décerné à la Convention de San Diego, en 1991 je crois, pour tout ce que nous avons fait, et je l'espère la qualité de notre travail, pour faire connaître la BD française aux Etats-Unis. Les Américains, en tout cas les Pros, ont apprécié. Ca nous a beaucoup touchés.
A suivre...
